ENSEMBLE
AZNACH - La musique dans la culture
tchétchène
La Tchétchénie s'étend aujourd'hui
au nord de la chaîne du Grand Caucase, au centre-est
de cette région qui relie la mer Noire à
la mer Caspienne. Le nom Tchétchénie
n'apparaît qu'à la fin du XVIIe siècle
et ce n'est guère qu'à partir de la
fin du XVIIIe siècle quil est utilisé
en Occident, lors des interminables efforts des Russes
pour s'emparer du pays. Comme on le sait, les Tchétchènes
n'ont jamais accepté cette conquête et,
aujourd'hui encore, ils luttent pour leur indépendance.
C'est aussi en réaction aux tentatives de colonisation
russe que les Tchétchènes professent
lIslam, devenu pour eux un puissant vecteur
d'identité nationale ; il s'agit d'un islam
soufi, adapté aux traditions ancestrales, mais,
ces dernières années, une forme plus
rigoriste s'implante aussi.
Jusquà la déportation massive
de février 1944, comme dans tout le Caucase,
la musique était partie intégrante de
la vie des Tchétchènes. Comme dans tout
le Caucase aussi, les rôles de chacun étaient
précisément attribués et délimités.
C'est ainsi que le chant était normalement
l'apanage des femmes, en particulier les chants accompagnant
les travaux exécutés en commun. L'accompagnement
musical, par contre, revenait aux hommes, qui jouaient
le pondar, un luth à trois cordes, ou son cousin
le tchongouri à quatre cordes - parfois remplacés
maintenant par la mandalina (une sorte de balalaïka)
- ou le kexat pondar (luth de papier),
comme on nomme l'accordéon (garmon), ainsi
que le hautbois zourna, la flûte chedag et le
tambour vota ou dol.
Pour les danses, on trouvait aussi bien des airs
purement instrumentaux que des chants accompagnés.
En temps ordinaire, les danses avaient lieu après
le travail, pendant les nuits éclairées
par la lune ; mais on dansait aussi bien sûr,
pour les mariages, les fêtes ou anniversaires.
Il existe enfin un répertoire purement instrumental,
non destiné à accompagner le chant ou
la danse. Pour les rituels religieux, le chant et
la danse étaient menés par les femmes.
Toutefois, les hommes chantaient aussi, notamment
lors des enterrements ; mais en ces circonstances,
hommes et femmes chantaient séparément.
Beaucoup de ces traditions demeurent encore vivantes,
même si la déportation massive du peuple
tchétchène-ingouche en 1944 et, d'une
façon plus générale, soixante-dix
ans de "soviétisation" ont coupé
beaucoup de racines. Les événements
récents ont ravivé la conscience nationale
et, depuis 1994, on connaît mieux, en Occident,
la valeur des combattants tchétchènes,
sinon encore celle des chanteuses.
Les Kistes, auxquels appartiennent les chanteuses
de lensemblée Aznach, sont les Tchétchènes
de la vallée de Pankissi, en Géorgie
orientale. Ils y ont émigré en majorité
au début du XIXe siècle, venus des districts
de la haute vallée de l'Argoun, région
voisine des Khevsours géorgiens. Jusquà
récemment au nombre denviron sept mille,
ils ont vu leur population doubler à lhiver
2000, avec larrivée massive de réfugiés
tchétchènes, chassés de leur
pays par la guerre.
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