Sur une étendue aussi vaste que l'Europe de l'Ouest,
l'Iran abrite les peuples les plus divers : les Iraniens (Kurdes,
Lors, Khorassanais, Persans, etc.), les Turcs (Turkmènes,
Azerbadjanais, Qashqaï), les Baloutches, et enfin les
Arabes et les Africains du Golfe persique. Un point commun
à la plupart de ces cultures est la place réservée
aux bardes, qu’ils soient chanteurs, conteurs ou instrumentistes.
De l'Anatolie à l'Afghanistan le barde est appelé
âsheq, c'est-à-dire « amoureux ».
Un seul concert ne peut présenter la variété
de l'art des bardes (âsheq et bakhshy) des diverses
traditions régionales d'Iran. Il peut toutefois rendre
compte de leur qualité et de leur richesse.
Le Lorestan, au centre-ouest de l'Iran, est un antique foyer
de culture, un musée vivant de traditions musicales.
Chants de réjouissance, chants épiques et narratifs,
chants amoureux, berceuses et chants de travail, chants satiriques
et humoristiques, lamentations, chants circonstanciels, mélodies
reposant sur des poèmes classiques persans et airs
de danse constituent l’essentiel d’un répertoire
qui s’est particulièrement conservé parmi
les nomades. L'instrument de prédilection est la vièle
à pique kamântché, accompagnée
d’un tambour, le zarb.
Ali-Akbar Shekartchi, originaire du Lorestan, a commencé
l’étude du kamântché en autodidacte,
pour ensuite travailler la musique persane avec quelques maîtres
réputés de Téhéran. Ses recherches
et ses collectes sur le folklore de son pays natal constituent
un précieux travail de pionner. Sa fille Asaré,
qui a suivi ses traces, est une remarquable joueuse de kamântché
et de zarb.
Le Khorassan ou « Terre du soleil levant », vaste
province située au nord-est de l'Iran, sur la Route
de la soie, a toujours été un espace de brassage
culturel. La richesse de sa musique tient à sa diversité
ethnique, linguistique et religieuse. Dans cette tour de Babel,
la musique sert de langue commune. Des répertoires
d'une grande variété se sont développés,
mettant en valeur le jeu du dotâr, un luth à
la technique extrêmement sophistiquée.
Hamid Khezri est un musicien unique par sa maîtrise
de tous les styles de dotâr du Khorassan, qu'il s'agisse
des chants des bardes turcs et kurdes du nord, ou des airs
spirituels des régions désertiques du Sud. Né
à Quchan, il a travaillé le dotâr avec
les plus grands maîtres, puis a parachevé sa
formation en étudiant des enregistrements collectés
dans toutes les régions du Khorassan. Hamid Khezri
a déjà donné de nombreux concerts à
l’étranger, en solo ou avec des artistes de renommée
internationale comme Sima Bina.
Les Turkmènes sont une grande ethnie de la branche
turque Oghuz, répartis entre la république du
Turkménistan et le nord de l'Iran. Leur culture musicale
se répartit en deux grandes traditions : les chansons
populaires et les répertoires des bardes professionnels
appelés bakhshy, héritiers de la tradition des
chamanes. On distingue deux catégories de bakhshy :
les destanchi au nord, qui chantent des épopées
(destan), et les tirmechi au sud, qui chantent des poèmes
(tirme) sur les thèmes de l’amour, de la morale,
de la religion, de la guerre et de la chasse. Les bakhshy
utilisent des techniques vocales variées et très
originales, qu’ils accompagnent au luth à long
manche dotâr et à la vièle gichäk.
Anaberdi Vejdani est né à Gonbad,a cpitale
de la steppe turkmène iranienne. Une fois consacré
bakhshy, il a développé son répertoire
à l’écoute du barde Sakhi Jabbâr.
Il a formé de nombreux élèves aussi bien
dans l'art vocal que dans le jeu du dotâr. Il est accompagné
par son complice Ahmad Dibayi, maître du gichäk
également originaire de Gonbad.
Les âsheq, bardes
d'Azerbaïdjan
Ashiq Emran Heydari
: luth saz solo
Ashiq Qudrat Mirzapur : chant, luth saz
Ehteram Gözali : hautbois bâlâbân,
hautbois zurnâ
Amzé-Ali Asadi : tambour daf
La tradition savante de l’Azerbaïdjan, le mugam,
est bien connue en Europe grâce à quelques chanteurs
remarquables. Celle des bardes, qui représente l’autre
versant de cette brillante culture musicale, l’est beaucoup
moins. Les bardes (âsheq) sont également de grands
professionnels, détenteurs d’un répertoire
de chant épique et lyrique, d’airs de danse et
de musiques purement instrumentales. L'art des âsheq
s’est surtout développé en milieu rural,
lors des fêtes (toy) données à l'occasion
des mariages. Les principaux instruments utilisés sont
les hautbois zurnâ et bâlâbân, le
luth saz et le tambour sur cadre daf.
Asheq Imran Heydari, né à Tabriz, incarne avec
son seul instrument la quintessence de l’art des bardes.
Il ne chante pas, mais restitue à sa manière
les chants au grand luth saz, dans des improvisations éblouissantes
au style unique. Il sera suivi par un trio exceptionnel mené
par Asheq Qodrat Mirzapur, chanteur et luthiste à la
voix puissante et pénétrante lorsqu’elle
monte dans le registre aigu, portée par les instruments
aux sonorités brillantes du joueur de bâlâbân
Ehteram Gözali et du percussionniste Hamzé-Ali
Asadi.